La question du financement des frais d’EHPAD[1] pour ses beaux-parents peut être source d’inquiétude et de tension au sein des familles. Entre solidarité familiale et contraintes financières, il n’est pas toujours évident de savoir quelles sont nos obligations légales. Cet article fait le point sur vos droits et responsabilités face à cette situation délicate, en tenant compte des dernières évolutions juridiques de 2024.

L’obligation alimentaire : un devoir familial encadré par la loi

Le Code civil français prévoit une obligation alimentaire entre certains membres d’une famille. Cette disposition légale vise à garantir que les personnes dans le besoin puissent bénéficier du soutien de leurs proches.

Qu’est-ce que l’obligation alimentaire ?

L’obligation alimentaire[2] consiste à fournir une aide matérielle à un parent ou beau-parent dans le besoin. Elle couvre les besoins essentiels tels que :

  • Le logement
  • La nourriture
  • L’habillement
  • Les soins médicaux

Cette aide peut prendre la forme d’une somme d’argent versée régulièrement ou d’une assistance en nature, comme l’hébergement ou la prise en charge de certaines dépenses.

En savoir plus sur le barème de calcul de l’obligation alimentaire en maison de retraite

Qui est concerné par l’obligation alimentaire ?

L’obligation alimentaire s’applique à plusieurs niveaux de la famille :

  • Les enfants envers leurs parents
  • Les petits-enfants envers leurs grands-parents
  • Les gendres et belles-filles envers leurs beaux-parents

Pour les personnes adoptées, l’obligation alimentaire dépend du type d’adoption :

  • Adoption simple : l’adopté a une obligation alimentaire envers ses parents adoptifs, mais cette obligation ne s’étend pas aux autres membres de leur famille, comme les grands-parents. En effet, l’adoption simple ne crée pas de lien de parenté entre l’adopté et la famille de l’adoptant.
  • Adoption plénière : l’adopté est lié par une obligation alimentaire envers ses parents adoptifs ainsi que leurs ascendants, comme les grands-parents, car ce type d’adoption établit un lien de parenté complet avec toute la famille de l’adoptant. Toutefois, l’adopté perd toute obligation alimentaire envers sa famille d’origine.
  • Adoption plénière de l’enfant du conjoint, du concubin ou du partenaire de PACS : dans ce cas particulier, le lien avec le parent d’origine et sa famille est maintenu. Par conséquent, l’obligation alimentaire envers cette famille persiste.
femme âgée avec sa fille et sa petite-fille

Le cas particulier des beaux-parents : la solidarité par alliance

La solidarité par alliance est un concept juridique qui étend l’obligation alimentaire aux beaux-parents. Cela signifie que vous pouvez être tenu de participer financièrement à la prise en charge des frais d’EHPAD de vos beaux-parents, même si vous n’avez pas de lien de sang avec eux.

Cependant, il existe des situations où cette obligation peut prendre fin :

  1. En cas de divorce : la rupture du lien conjugal met fin à l’obligation envers les beaux-parents.
  2. En cas de décès du conjoint : l’obligation cesse, sauf si vous avez des enfants communs encore vivants.

Ainsi, si vous êtes veuf ou veuve et que vous avez eu des enfants avec votre conjoint décédé, vous restez tenu de participer au financement de l’EHPAD de vos beaux-parents.

Comment est déterminé le montant de l’obligation alimentaire ?

Le montant de l’obligation alimentaire n’est pas fixe. Il est calculé en fonction de deux critères principaux :

  • Les besoins du créancier d’aliments (le parent ou beau-parent)
  • Les ressources du débiteur (la personne tenue de payer)

Pour évaluer les besoins du créancier, on prend en compte des facteurs tels que :

  • Son âge
  • Son état de santé
  • Ses charges familiales

Côté débiteur, tous les revenus sont pris en compte, y compris :

  • Les revenus du travail
  • Les aides sociales
  • Les revenus du capital

Il ne faut pas oublier de signaler que les revenus du conjoint du débiteur sont considérés dans le calcul.

Qui paie réellement les frais d’EHPAD ?

Le paiement des frais d’hébergement en EHPAD suit un ordre de priorité :

  1. La personne âgée elle-même, avec ses propres revenus et son patrimoine
  2. Son conjoint
  3. Ses enfants biologiques ou adoptifs
  4. Ses petits-enfants, si les enfants sont dans l’incapacité de payer
  5. Les beaux-enfants (gendres et belles-filles), sous réserve des conditions mentionnées précédemment

Les aides sociales : un soutien possible

Face aux coûts élevés des EHPAD, des aides sociales existent pour soulager les familles. L’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH) est l’une des principales ressources à connaître.

L’ASH est une aide financière accordée par les départements, sous conditions de ressources. Elle peut prendre en charge une partie ou la totalité des frais d’hébergement en EHPAD.

Attention cependant : les donations réalisées dans les 10 ans précédant une demande d’ASH ou après la demande pourront faire l’objet d’une récupération par l’état ou le département (article L132-8 du CASF). Il est donc crucial de bien réfléchir à la gestion de son patrimoine à long terme.

Peut-on être dispensé de l’obligation alimentaire ?

Bien que l’obligation alimentaire soit d’ordre public et qu’on ne puisse y renoncer volontairement, il existe des situations où une dispense peut être accordée :

  • Si l’enfant n’a pas été élevé par ses parents
  • Si l’enfant a été retiré de son milieu familial par décision judiciaire pendant au moins 36 mois avant ses 18 ans
  • En cas de comportement indigne du parent (violences, abandon)
  • Si le parent a été condamné pour un crime sur l’enfant ou ses proches

Dans ces cas, le Juge aux Affaires Familiales (JAF) peut décider de dispenser l’enfant de son obligation alimentaire. Son conjoint est alors également dispensé.

Quelles démarches effectuer pour être dispensé de l’obligation alimentaire envers mes beaux-parents ?

Pour contester l’obligation alimentaire, il est nécessaire de prouver que les conditions légales justifiant une dispense sont réunies, notamment que le parent a gravement failli à ses responsabilités envers votre conjoint. Cette preuve peut s’appuyer sur divers éléments, tels qu’un jugement antérieur, des attestations ou des documents issus des services sociaux.

La demande de dispense doit être adressée au :

  • service département de l’aide sociale[3] qui a réclamé l’obligation alimentaire,
  • tribunal judiciaire compétent si un Juge aux Affaires Familiales (JAF) est saisi.

Aucune représentation par avocat n’est obligatoire, bien qu’elle puisse être utile. En cas de ressources insuffisantes, il est possible de solliciter une aide juridictionnelle pour couvrir les frais liés à la procédure.

homme cherchant à être dispensé de payer l'obligation alimentaire

Comment contester ou réviser l’obligation alimentaire ?

Si vous estimez que le montant fixé pour l’obligation alimentaire est injuste ou si votre situation financière évolue, vous avez des recours :

  • Vous pouvez faire appel de la décision du JAF
  • Vous pouvez demander une révision si vos revenus diminuent ou si vos charges augmentent
  • Le comportement indigne du créancier peut justifier une révision

Si vous souhaitez faire appel pour contester une décision d’obligation alimentaire déjà rendue par le JAF, un avocat est obligatoire.

Les conséquences du non-paiement

Ne pas verser l’obligation alimentaire n’est pas sans risque. Le non-paiement pendant plus de 2 mois constitue un délit d’abandon de famille, passible de :

  • 2 ans de prison
  • 15 000 € d’amende

Il est donc crucial de respecter ses obligations ou de demander une révision si nécessaire plutôt que de cesser les paiements sans justification.

Conseils patrimoniaux pour anticiper

Face à ces enjeux financiers, une bonne gestion patrimoniale peut faire toute la différence. Voici quelques conseils :

  • Consultez un notaire pour des conseils personnalisés, notamment concernant les donations
  • Conservez si possible la résidence principale, qui pourra être vendue en cas de besoin pour financer l’EHPAD
  • N’oubliez pas que la pension alimentaire versée à un ascendant est déductible des impôts sur le revenu

Ressources et assistance pour vous aider

Face à ces questions complexes, vous n’êtes pas seul. Plusieurs ressources sont à votre disposition :

  • Le service Allô Service Public pour des informations générales
  • Un médiateur familial pour faciliter les discussions au sein de la famille
  • Un avocat spécialisé en droit de la famille pour des conseils juridiques personnalisés
  • Le tribunal judiciaire de votre lieu de résidence pour toute procédure officielle

La question du financement de l’EHPAD des beaux-parents reste un sujet délicat, à la croisée du droit et des relations familiales. Bien que la loi impose certaines obligations, elle prévoit aussi des exceptions et des aides. L’important est de s’informer, d’anticiper et de privilégier le dialogue au sein de la famille pour trouver des solutions équitables pour tous. N’hésitez pas à solliciter l’aide de professionnels pour vous guider dans ces démarches et prendre les meilleures décisions pour votre situation personnelle.

Peut-on refuser de payer l’EHPAD de ses beaux-parents ? Vos droits expliqués

Face aux frais d’hébergement en EHPAD, les obligations financières envers les beaux-parents soulèvent de nombreuses questions. En France, l’obligation alimentaire est parfois étendue aux beaux-enfants, mais sous quelles conditions ? Cet article examine les droits et les démarches possibles pour contester cette obligation, en précisant les situations où il est possible de refuser de payer. Le tableau ci-dessous résume les informations essentielles pour mieux comprendre vos droits, les exemptions possibles, et les recours juridiques en cas de litige.

ThèmeDétails
Obligation alimentaireObligation légale d’aide financière aux ascendants en cas de besoin, qui peut inclure les beaux-parents.
Cas d’exemptionNon-applicable en cas de comportement indigne du parent (ex. abandon, violences) ou de rupture grave et avérée de la relation familiale, reconnus par le Juge aux Affaires Familiales.
Recours juridiquesLe juge aux affaires familiales peut être saisi pour contester cette obligation si elle est injustifiée.
Montant de l’obligationCalculé en fonction des ressources et charges du débiteur et du besoin de la personne hébergée.
Situation de divorceEn cas de divorce, l’obligation envers les beaux-parents n’est plus appliquée.
Aides financières possiblesL’aide sociale à l’hébergement (ASH) peut réduire les frais d’EHPAD pour les familles à faibles revenus.
Démarches pour contesterSaisir un avocat pour préparer un dossier à présenter au juge, en justifiant les raisons du refus de paiement.
FiscalitéLes contributions versées sont généralement déductibles de l’impôt[4] sur le revenu, dans certaines limites.
Soutien et accompagnementCCAS[5], services sociaux, et associations pour obtenir des conseils juridiques et de l’aide personnalisée.

Questions fréquentes

Les revenus de mon conjoint sont-ils pris en compte dans l’obligation alimentaire ?

Oui, les revenus du conjoint du débiteur sont généralement intégrés au calcul de l’obligation alimentaire. Cela reflète le principe de solidarité conjugale.

Que se passe-t-il si plusieurs membres de la famille sont obligés alimentaires ?

Le JAF répartit l’obligation entre les différents débiteurs en fonction de leurs ressources respectives, afin d’assurer une équité.

Quels recours en cas de non-paiement par un autre membre de la famille ?

Si un autre membre de la famille refuse de payer sa part, vous pouvez engager une action en justice pour faire valoir votre droit à une répartition équitable.

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Commentaires (9)

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  1. Elisabeth Lequeffrinec

    Mon mari est décédé, on me demande de verser une pension alimentaire a ma belle mere,esque mon fils adoptif doit lui aussi payer la pension
    Merci à l’avance.

    Répondre
    1. Amandine

      Bonjour

      Je vous remercie pour votre commentaire.
      Il est préférable de vous renseigner auprès d’un notaire ou de la CAF pour connaître vos obligations légales.
      Bonne journée.
      Amandine

      Répondre
  2. Sandra Chaput

    Bonjour, vivant en union libre non pacsée mes revenus seront ils pris en compte si il y avait besoin pour l’EhPAD de la maman de mon concubin ?
    Merci

    Répondre
    1. Amandine

      Bonjour

      Je vous remercie pour votre commentaire.
      Il faudrait vous adresser au CCAS ou au Conseil départemental.
      Bonne journée.
      Amandine

      Répondre
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